Les jardins familiaux du chemin du Pâtis

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Ces photos (argentiques) sont extraites d’une série réalisée tout au long de l’année 2007 sur les Jardins Familiaux du Chemin du Pâtis. Dans ce lieu 91 parcelles sont louées par la mairie de Meaux à  des jardinier(e)s de tous âges, origines et conditions sociales. Ici on cultive toutes sortes de fruits, fleurs et légumes, mais aussi le lien social, l’estime de soi, les saveurs de sa terre natale, ses propres racines, son oasis, son petit coin de paradis.

En regardant ces photos, on se surprend à constater que peu d’éléments renseignent sur le lieu (quelle ville, quel pays ?).  Où sommes-nous donc alors si ce n'est dans un espace universel, là où se situe l’essentiel : le présent, la nature, l’humanité. 


A propos des jardins ouvriers et familiaux et de l’Abbé Lemire

1896, l’abbé Lemire, ému par la misère morale et pécuniaire de la classe ouvrière, invente les Jardins Ouvriers et fonde la Ligue Française du Coin de Terre et du Foyer.

Il se présente en 1893 aux élections législatives et sera réélu  7  fois.

Pendant ses  35  années de mandat parlementaire, il fait un travail considérable sur le plan social et familial. Il est notamment à l’origine de la création du Ministère du Travail et de grandes réformes ( repos hebdomadaire, allocations pour toute famille d’au moins trois enfants, retraite vieillesse et invalidité, réglementation de la durée et des conditions de travail, etc).

 

Il sera également élu Maire de Hazebrouck en 1914.  Sa vocation politique s’oppose  au clergé, aux autorités civiles et à une grande partie de la bourgeoisie.

Dans son livre “Quoi ? l’Eternité “, Marguerite Yourcenar évoque l’abbé Lemire et ses jardins en ces termes : “... ce fils de paysan trace son sillon avec la lenteur obstinée de ceux qui ont labouré la terre. Ses jardins ouvriers, détestés du patronat, n’ont pas pour seul but d’offrir au salarié des villes un peu d’air pur, une aide alimentaire contre la cherté de la vie, mais une sorte de réhabilitation par le contact avec le sol.”


Pour l’abbé Lemire, un jardin bien ordonné doit contenir trois sortes de plantes :

“...celles qui nourrissent et dont l’adroite culture sera une cause de sérieux profits pour la maison ; celles qui réjouissent, dont l’abondante floraison servira à orner le jardin ... et enfin les plantes qui guérissent, que l’on aura toujours sous la main pour calmer les indispositions passagères.”

 

Depuis 1896, le nombre de parcelles fluctue au gré des événements historiques et des nouvelles données sociologiques du pays.  Il monte en flèche pendant les périodes de crise (14-18,

39-45, début des années 80).

En cette période de crise économique et urbaine et de déshumanisation des banlieues, les jardins familiaux apparaissent comme un moyen pour les citadins des quartiers défavorisés de se ré-approprier une partie de leur cadre de vie. Ils permettent d’améliorer la condition matérielle et morale des familles qui les cultivent en leur offrant un espace de liberté, de détente et de loisir.

 

2008, alors qu’on entend parler chaque jour davantage d’écologie, de bio-diversité, de paysage urbain, de crise des banlieues, de changement climatique ou de l’importance d’avoir une alimentation saine et diversifiée, le mouvement des Jardins Ouvriers et Familiaux qui entre dans son deuxième  siècle d'existence, est toujours étonnamment et plus que jamais d’actualité.